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Groupe d'études animé par Pierre Macherey

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Communication présentée le 17 janvier 2018 à la journée d’études organisée à l’Université de Lille, Département de philosophie sur le thème: « Travail, Techniques, Production »

par Pierre Macherey

La productivité étant un caractère attribué à la production, la question se pose aussitôt de savoir si ce caractère lui est inhérent ou bien est adventice. Dans le premier cas, toute production serait en droit et naturellement assignée à une exigence de productivité; dans le second cas, c’est seulement dans les conditions propres à une société historique donnée et au mode spécifique de production instauré par celle-ci que la production y serait soumise à des règles et à des critères de productivité, faits de culture relevant d’une «seconde nature». Si la seconde hypothèse est retenue, est soulevée une nouvelle question: celle de savoir si cette «seconde nature» a besoin, pour faire prévaloir ses critères et ses règles de productivité, d’effacer les traits de l’activité naturelle de production à laquelle elle se substitue alors entièrement, ou bien si elle vient se surajouter à eux au titre d’une dérivation ou d’un supplément en les laissant subsister. Autrement dit, la rupture entre nature et culture est-elle en cette affaire totale ou partielle? Jusqu’à quel point laisse-t-elle subsister un résidu de continuité, ce qui la fait consister en un infléchissement davantage qu’en un renversement du pour au contre, ou, comme on dit, une «révolution»?.

Pour avancer dans l’élucidation de ces questions, il faut d’abord préciser ce qu’on entend par «produire», en mettant provisoirement entre parenthèses la considération de la productivité, notion dont, par ailleurs, on ne voit pas comment elle pourrait être abordée indépendamment du rapport qu’elle entretient avec celle de production à laquelle elle est nécessairement rattachée et dans le prolongement de laquelle elle se situe. Qu’est-ce que produire? En soulevant cette interrogation, on se trouve à nouveau confronté à des alternatives, comme par exemple celle de la , activité qui a sa fin en elle-même, et de la , activité qui a sa fin hors d’elle-même, telle qu’elle est évoquée par Aristote. Bien qu’ils en tirent des conclusions différentes, car ils n’interprètent pas de la même façon le rapport de la puissance à l’acte, les Stoïciens rejouent cette distinction à travers celle de la fin comme et du but comme : pour l’archer, le fait de chercher à atteindre sa cible constitue le de son effort, alors que celui d’obtenir en s’y livrant une récompense ou de gagner un prix dans le cadre d’une compétition n’est qu’un but extérieur à la nature de l’effort en question. Dans un sens voisin, Fernand Deligny distingue une logique de l’agir, qui concerne une activité se dirigeant librement, et témérairement, vers l’avant d’elle-même en traçant au fur et à mesure son parcours qu’elle invente plutôt qu’elle ne le découvre, et une logique du faire, qui concerne une activité de fabrication formatée par des modèles fixés au départ, à partir desquels elle est comme tirée davantage qu’elle ne va vers eux par son élan propre. On peut dire que le premier type d’activité est intentionnel dans la mesure où il est production effective de «sens», non pré-informée ou pré-dirigée en vue d’être mieux sécurisée, d’où la conséquence que ce genre de tentative, tournée vers son et non commandée par la considération d’un , se prête forcément à des risques de ratage ou d’écart; alors que le second est représentationnel dans la mesure où il suppose la reconnaissance préalable du but recherché, posé idéalement et assurément avant même que la recherche effective en vue de l’atteindre ne soit engagée, selon une perspective réflexive qui installe les conditions d’une rétroaction du sens, celui-ci étant supposé donné au départ et non à trouver à mesure qu’on suit la direction qu’il impulse.

L’examen de la terminologie enseigne que «produire», du latin «», qui signifie littéralement «mener vers l’avant», «faire sortir», «donner naissance», a concerné originellement le premier type d’activité, celui qui porte les marques de la spontanéité et est dégagé de l’obligation de se conformer à un modèle préalable. A ce point de vue, la conception primitive du travail, celle qui est en jeu par exemple lorsqu’on dit à propos d’une femme en train d’accoucher que le «travail» a commencé, est naturelle, et même organique :en se référant à la fois à Darwin et à Bergson, Canguilhem explique dans cette perspective que la technique, de par ses origines, relève d’une organologie générale, et ne doit pas en conséquence être considérée comme de la connaissance appliquée ainsi que l’interprète la devise positiviste «Science d’où prévoyance, prévoyance d’où action». En conséquence, c’est ultérieurement, dans un second temps, que le travail est devenu, suite à une évolution qui a transformé sa nature, construction d’objets calibrés et certifiés: alors, il a revêtu le caractère d’une activité se déroulant dans le contexte d’une seconde nature par définition postérieure à la première nature, pour autant que la notion de «première nature» ait un sens (car la nature qui, par définition est tout entière nature, n’est ni première ni seconde, mais uniment et simplement nature). Cette analyse tendrait donc à confirmer qu’il n’y a rien dans l’essence de l’activité productrice considérée en elle-même qui la prédestine à se conformer à des buts définis, sinon à tendre vers des fins d’utilité ayant leur source dans l’organisme qui pratique cette activité ou dans un sujet intentionnel du type de l’archer qui vise soigneusement sa cible.

L’activité productrice considérée en elle-même, c’est la «production», substantif dérivé du verbe «produire». Ici à nouveau, l’analyse terminologique est instructive. En effet, le mot «production» a une double signification selon qu’il est rapporté à l’action de produire considérée comme étant en cours ou qu’il désigne le terme sur lequel débouche cette activité, c’est-à-dire littéralement le «produit» considéré pour lui-même, indépendamment de l’action qui l’a engendré. La «production», c’est donc à la fois le fait de produire, saisi dans son élan, et ce qui en résulte une fois que cet élan a abouti. La question est alors de savoir sous quelles conditions le produit peut être considéré à part du processus de production qui l’a engendré, donc se met proprement à exister en tant que tel lorsque ce processus est lui-même achevé, fini, terminé, comme par exemple la maison une fois qu’on a ôté les échafaudages qui ont servi à l’édifier: c’est cette question que Marx soulève lorsqu’il distingue le «travail vivant», à savoir la quantité d’énergie productrice capable d’être réactivée et mise en œuvre effectivement, du «travail mort», qui est du travail objectivé dans les produits qu’il a déjà réalisés et qu’il laisse derrière lui comme des formes réifiées, des «choses» qui ont absorbé dans leur être propre toute l’énergie dépensée pour les produire. Les lexicologues présentent le second sens du mot «production», qui la ramène au «produit», comme «sens métonymique», en regard au premier sens, celui qui attire l’attention sur l’action de produire, qui doit alors être considéré comme sens littéral. La formule «sens métonymique» est très intéressante. La métonymie est la figure de style qui permet de représenter l’ensemble d’une chose par l’un de ses éléments. Dans le cas qui nous occupe, l’ensemble de la chose, c’est l’activité productrice considérée en son entier, y étant compris le résultat auquel elle parvient; l’élément qui le représente métonymiquement, c’est le produit pour autant que celui-ci est censé constituer une entité à part entière, éventuellement conçue comme «» dans laquelle la nature globale du tout auquel elle appartient se trouve engagée; est alors ouverte la possibilité de raisonner de la partie au tout avec lequel elle entretient un rapport d’expression, en sens exactement inverse du processus qui a engendré en acte la partie, le produit, en lui donnant naissance, en l’enfantant. Raisonner ainsi, de la partie au tout, du produit à l’activité qui l’a produit, en sens inverse du déroulement effectif du processus de la production, c’est présupposer que la partie «vaut» pour le tout, donc que le produit est porteur en lui-même d’une valeur qui reflète celle du tout par anticipation ou par rétrospection, peu importe puisque le processus concerné est supposé être réversible, ce qui est l’un des postulats de la rationalité économique qu’il ne faut pas confondre avec la rationalité technique. C’est sur une présupposition de ce genre que repose ce que Marx appelle le «fétichisme de la marchandise», qui est au fond une manière de pratiquer l’art de la métonymie avec maestria, sans mot dire, en faisant passer la partie (le produit, la marchandise) pour le tout (l’activité productrice humaine telle qu’elle s’exerce dans des rapports sociaux déterminés).

Or, c’est à ce niveau que la notion de productivité commence à intervenir. Ici encore, la terminologie est riche en enseignements. Du substantif «production» dérivé du verbe «produire», dérivent à leur tour deux adjectifs qui le qualifient: le travail de production peut être «producteur» ou «productif»; et ce n’est pas du tout la même chose, ce que confirme à nouveau la terminologie, car les substantifs susceptibles d’être eux-mêmes formés à partir de ces adjectifs diffèrent en nature. De «producteur» dérive «le producteur», c’est-à-dire le travailleur engagé dans l’activité de production à laquelle il participe effectivement en lui communiquant son énergie; de «productif» dérive «la productivité», terme générique qui exprime la possibilité de rendre compte de l’activité de production en fonction et à partir de son résultat, le produit, donc en raisonnant en sens inverse du déroulement réel du processus de travail. Il en résulte que être producteur c’est mettre en œuvre l’activité de production dont cette opération relève, et rien de plus; alors que être productif c’est ajouter à cette mise en œuvre un caractère supplémentaire, et peut-être superfétatoire, qui n’est pas compris d’emblée dans son essence, à savoir créditer le produit d’une valeur au sens que l’économie donne à ce terme. Un travail peut être producteur sans être productif, mais l’inverse n’est pas vrai: pour qu’un travail soit productif, il faut qu’il soit également producteur, le fait qu’il le soit servant de support au supplément de valeur que lui apporte sa «productivité».

En quoi consiste au juste cette productivité? Pour répondre à cette question, il faut faire intervenir un vocabulaire emprunté à d’autres chaînes lexicales que celle qui a pour premier maillon le verbe «produire». Par exemple il faut se servir de termes comme ceux de tâche, d’opération, et de rendement. Examinons pour commencer la notion de rendement. Celle-ci est prescriptive davantage que descriptive dans la mesure où elle indique une exigence, celle d’accroître la production, en qualité et en quantité, de manière à en valoriser les résultats, – encore et toujours la valeur, notion qui ne relève pas de l’ordre de la technique pure mais ne commence à jouer que lorsque la rationalité économique, fondée sur la pratique de l’échange, a effectué la capture de l’activité productrice et l’a remodelée selon ses critères propres: c’est cette capture qui a engendré la marchandise, réalité bifrons porteuse simultanément de valeur utile, c’est sa face concrète, et de valeur d’échange, c’est sa face abstraite. Les notions de tâche et d’opération, qui sont les résultats de ce remodelage, désignent les moyens requis pour répondre à l’exigence de productivité, une fois que celle-ci a pris la forme d’un programme raisonné, soumis à des normes définies.

La notion de rendement est apparue à une certaine époque de l’histoire. Pratiquement ignorée de l’Antiquité, elle peut être considérée comme «moderne» et correspond au moment où, pour reprendre une formule de Koyré, les pratiques collectives de production, ayant pris distance avec le «monde de l’à-peu-près» et les rituels empiriques du «métier» que celui-ci cultive électivement, se sont intégrées à un «univers de la précision» : : dans ce dernier, les moyens techniques, détachés de la main qui les tenait auparavant de manière plus ou moins ferme et sûre, ont été soumis à un traitement rationnel, scientifique, grâce à des machines et à la forme la plus aboutie de celles-ci, la machine-outil, mécanisme complexe dont les agencements entraînent automatiquement des outils, ce qui en fait l’instrument par excellence de la production industrielle. Alors la production, au lieu d’être abandonnée à l’initiative et à l’habileté individuelles, a été ordonnée à l’élaboration d’un plan de travail systématique, global, socialisé, dont les bases sont fournies par le calcul du rendement. Bien sûr, cette modification de la forme de la production ne s’est pas opérée d’un coup: elle a été le résultat d’une lente et irrégulière évolution qui, en même temps qu’elle a changé les pratiques de production, a donné lieu à une élaboration théorique dont l’élément principal a été l’apparition, au XVIII siècle, de ce qui s’est appelé la «technologie». La technologie pourrait être définie comme étant la science du rendement, science qui emprunte ses modèles de raisonnement à la mathématique et à la physique, et dont l’étude a été réservée à un type nouveau de professionnels, apparus à l’époque de la Renaissance, les ingénieurs qui, de par leur formation, sont à la fois des théoriciens et des praticiens.

Or, ce point est important, les premiers ingénieurs ont été des ingénieurs militaires: ce sont eux qui ont servi de modèles à la formation ultérieure des ingénieurs civils. Ils ont été les premiers à se demander comment s’y prendre pour évaluer correctement l’efficacité d’un dispositif, soit défensif (Vauban et les fortifications), soit offensif (Belidor auteur dans l’, de l’article «affût de canon»). Il est de fait que les arts militaires, avec lesquels a été initié le calcul du rendement, ne produisent rien de consommable au sens de l’économie: les actions qu’ils entreprennent de perfectionner ne sont pas à proprement parler productrices mais destructrices, la destruction étant le terme antonyme de la production. C’est néanmoins dans ce contexte que le fait d’être productif, pris en compte pour lui-même, a commencé à faire l’objet d’une attention spécifique. Autrement dit, au départ, la notion de rendement n’a pas répondu à une finalité productrice, ce qui amène à s’interroger sur les conditions qui ont amené à appliquer ce modèle à la production de richesses, donc de biens marchands, domaine qui a été l’affaire propre de l’économie politique, discipline apparue et développée en même temps et de façon concomitante à la technologie dans le contexte du . La considération du rendement, et par le biais de celui-ci la considération de la productivité, ont donc été introduites à un certain moment dans la sphère de la production, en réponse à une demande qui n’était pas elle-même d’ordre économique ou technique: elles n’en sont pas issues par un développement naturel et continu mais elles y ont été introduites.

À cela s’ajoute une seconde remarque. La spéculation sur le thème du rendement a d’abord été ciblée sur des appareillages ou agencements, fortifications ou canons, des réalités matérielles dont les qualités spécifiques évaluées en termes d’efficience étaient susceptibles d’être mesurées exactement. Lorsque cette spéculation s’est orientée vers des opérations, non pas militaires, mais civiles, concernant la paix et non la guerre, elle s’est, dans la continuité de ces premières démarches, intéressée prioritairement à des mécanismes, donc à des choses, et c’est dans un second temps qu’elle a pris en compte l’intervention des opérateurs, les agents humains qui les font fonctionner une fois que leurs agencements ont été mis au point. Citons Diderot:

«Ce qui donnera de la supériorité à une manufacture sur une autre, ce sera surtout la bonté des matières qu’on y emploiera, jointe à la célérité du travail et à la perfection de l’ouvrage. Quant à la bonté des matières, c’est une affaire d’inspection. Pour la célérité du travail et la perfection de l’ouvrage, elles dépendent entièrement de la multitude des ouvriers rassemblés.»

Et Condorcet:

«Nous expliquerons la théorie des machines simples, la manière dont on peut, par la disposition des différentes pièces, produire un effet donné, si l’on connaît la quantité et la direction de la force à employer; et la méthode de calculer l’effet des différentes machines, d’abord d’une manière abstraite, ensuite en ayant égard aux frottements et aux forces perdues. Nous donnerons […] la méthode d’évaluer les différentes forces motrices employées dans les machines, telles que la force des hommes et des animaux, le poids ou le choc des corps solides, la pression de l’eau, la force du vent, celle de la vapeur. Nous enseignerons le moyen de composer ces forces motrices et de connaître celle qui doit être préférée suivant le but que l’on se propose ou les circonstances locales.»

La manufacture, puis l’usine, exploitent la combinaison de moyens matériels et des moyens humains qu’elles font intervenir ensemble dans les opérations de production, et elles évaluent le rendement de ces opérations en mettant sur un même plan ces deux types de moyens, qu’elles finissent par subsumer tous deux sous le même concept de «force». Cette harmonisation a été progressive: elle a d’abord respecté la primauté de l’agent sur les moyens mécaniques qu’il conduit et qu’il garde, comme on dit, «à sa main»; mais, peu à peu, elle a renversé cette relation, et pour mieux homogénéiser les différentes «forces» intervenant dans la production, elle a donné le pas aux agencements susceptibles d’être précisément régulés, et l’ouvrier est lui-même devenu un organe incorporé à leur fonctionnement dans le cadre de la machine-usine. C’est ce que donne à voir de façon frappante, et choquante, la séquence des Temps modernes où Charlot est pris dans les rouages de mécanismes qui l’entraînent et dont il est devenu le servant au lieu que ce soit lui qui se serve d’eux: par une procédure d’inversion, ce n’est plus l’ouvrier qui commande à la machine, mais il est dirigé par son mouvement. C’est sur cette inversion que repose la notion de productivité, dont le développement est corrélatif à une croissante mécanisation des tâches de la production, mécanisation qui engendre à terme, en même temps que des produits industriels, des «corps productifs». Pour qu’il y ait productivité de la production, il faut que celle-ci soit ordonnée comme un système à l’intérieur duquel corps et machines, étroitement imbriqués entre eux, font en quelque sorte pâte commune, susceptible d’être pétrie de manière à ce que sa consommation procure un maximum de valeur ajoutée, c’est-à-dire de profit, sous l’horizon de ce que les économistes appellent la croissance.

Selon l’économie politique classique, et en particulier selon Ricardo qui a exploité à fond les conséquences de cette hypothèse, la valeur d’une marchandise est déterminée par la quantité de travail nécessaire à sa production qui lui est incorporée. La «critique de l’économie politique» effectuée par Marx dans a consisté à montrer que, derrière la notion de travail mise en avant par Ricardo, se cachent en réalité deux réalités différentes: du travail vivant et du travail mort mis sur le même plan et assimilés l’un à l’autre. Pour que le résultat de l’activité productrice, celle-ci étant du travail vivant, se présente comme étant, en tant que marchandise, porteur de valeur, ce qu’il n’est pas naturellement, il faut que cette activité productrice ait été rendue productive; or cela n’est devenu possible que lorsque travail vivant et travail mort, travail travaillant et travail travaillé, ont été présentés en pratique comme les deux faces concomitantes d’une même entité, «le travail». Par «le travail», il faut alors entendre une notion abstraite façonnée en vue de faire apparaître sous une façade unitaire deux réalités distinctes fusionnées, amalgamées, par le régime du salariat.

Le tour de force, ou de passe-passe, effectué par le système capitaliste tel que Marx l’analyse a consisté dans l’opération suivante: il a commencé par scinder le processus de la production en séparant son résultat, le produit qui est du travail travaillé, de l’activité effective dont il est issu, la production en tant que travail travaillant, donc en isolant l’effet par rapport à la cause; puis, en suivant la procédure métonymique dont il a été question précédemment, il a réuni ce qu’il avait séparé en posant entre cet effet et cette cause une équi valence , précisément par le jeu de la valeur marchande qu’il a imputée à l’un comme à l’autre. Il s’agit d’une mystification, du type du jeu de bonneteau, qui a produit ses effets, non dans le ciel des idées, mais sur le terrain bien réel de l’organisation de l’industrie, sous la forme de la production, non de valeur, mais de survaleur (), ce qui a été rendu possible par l’introduction dans le processus effectif de la production de l’extorsion d’un surtravail (). Et ça marche! ça marche, au sens justement où on dit d’une machine qu’elle marche. Or, l’agencement de la machine en question, l’usine, comprend comme l’un de ses organes la dite «force de travail» de l’opérateur, c’est-à-dire de l’ouvrier, son , élevée, à côté des moyens matériels de la production, au rang de force productive commercialisable.

Cela veut dire que le travailleur, entraîné dans le mécanisme de la production industrielle (Charlot devenu organe de la machine qu’il sert, et qui l’enserre), est passé du statut de producteur à celui de produit, lui-même calibré et évalué de façon à remplir la fonction qui lui est impartie par le système dont il est devenu l’instrument. Ce que l’ouvrier vend au patron, en passant avec lui dans des formes tout à fait légales, et du même coup contraignantes (la loi, c’est la loi!), un «contrat de travail», ce n’est pas du tout son travail, c’est-à-dire le travail qu’il réalise effectivement en tant que producteur, mais sa force de travail, son corps productif traité en tant que marchandise comme porteur de valeur, ce qui le rend échangeable au même titre que n’importe quel produit: plus précisément, il faudrait dire qu’il vend son travail, c’est-à-dire le droit de consommer sa force de travail, et est payé pour l’entretien de sa force de travail, alors que l’un et l’autre ne sont pas du tout la même chose: le premier est une valeur d’usage et le second une valeur d’échange. Une fois qu’il est entré sur le marché du travail, le producteur est lui-même devenu produit ou du moins est traité comme tel, et du même coup est devenu, lorsque sa force de travail est consommée, source de profit, créateur de survaleur, une survaleur sur laquelle il a, de son propre consentement, un consentement qui lui a été extorqué par la force des choses, perdu tout droit de propriété à titre personnel: son travail n’est plus à proprement parler son travail, mais du travail, du travail humain en général ou travail social dont la valeur est fixée par le marché du travail qui fait monter et baisser le salaire en fonction de ses nécessités propres, sans bien évidemment demander son avis au travailleur, au producteur effectif qui est livré de plein fouet à ces fluctuations.

Si cette analyse est juste, on commence à y voir plus clair sur les conditions du passage de la production à la productivité. Ce passage a nécessité l’intervention de toutes sortes d’éléments complexes qu’il faudrait aller étudier sur le terrain, sur place, là où ils ont été profilés et mis en œuvre: c’est le domaine d’études imparti à la sociologie du travail, discipline dont Engels a été l’un des initiateurs lorsqu’il a composé et publié, en 1845, son étude sur . Au nombre de ces éléments, et sans doute le plus important d’entre eux, se trouve la division du travail manuel et du travail intellectuel, une procédure dont les origines sont très anciennes, mais à laquelle le machinisme et la grande industrie ont fourni un terrain d’exercice privilégié, en particulier à la fin du XIX siècle, en Amérique, lorsque Frédéric Winslow Taylor a mis au point le système de l’organisation scientifique du travail dans lequel les notions de tâche et d’opération jouent un rôle essentiel: c’est l’aménagement du travail en tâches, elles-mêmes combinaisons d’opérations simples, qui, dans ce contexte, a permis d’accroître le rendement en soumettant le régime de la production à l’exigence de productivité.

Taylor, avant de devenir le théoricien de la productivité, était un acteur de la production industrielle dont il avait occupé successivement tous les postes, depuis celui d’apprenti dans un atelier de fonderie, après quoi il était devenu chef d’équipe, contremaître, ingénieur, puis directeur d’usine, ce qui lui a permis d’avoir une vue concrète sur l’ensemble des problèmes de la fabrication de produits usinés. Sa réflexion a suivi simultanément deux voies: il s’est intéressé de très près aux moyens d’améliorer le rendement des machines proprement dites, et a inventé des méthodes nouvelles d’usinage des matériaux ; parallèlement à cela, il a entrepris d’analyser les modalités du travail des opérateurs en vue d’en accroître la productivité. Le fait qu’il ait cumulé ces deux démarches confirme que, dans la perspective de la production industrielle et de son souci d’améliorer le rendement, la mise en forme de la notion de productivité a eu pour présupposé l’imbrication totale et réciproque des forces matérielles et humaines entraînées ensemble dans un même processus dont l’organisation scientifique du travail devait garantir la parfaite cohésion.

Le système mis au point par Taylor est complexe. L’idée de base sur laquelle il repose est ainsi résumée par Canguilhem:

«Selon Taylor, un ensemble de mécanismes étant donné, il est possible par assimilation du travail humain à un jeu de mécanismes inanimés, de faire dépendre entièrement et uniquement les mouvements de l’ouvrier du mouvement de la machine, réglé selon les exigences du plus grand rendement économique dans une branche de l’industrie donnée à un moment donné de la conjoncture. Dans ses rapports avec le milieu physique et le milieu social au sein de l’entreprise, l’ouvrier réagit – ou plutôt est conçu par Taylor comme devant réagir – sans initiative personnelle à une somme de stimulations, mouvements mécaniques, ordres sociaux dont il ne peut choisir ni la qualité, ni l’intensité, ni la figure. Le chronométrage des temps opératoires, l’élimination des temps morts, des mouvements inutiles, sont les conséquences d’une conception mécaniste et mécanicienne de la physiologie, province sans autonomie d’une science énergétique totalitaire.»

La première innovation apportée par Taylor au fonctionnement de l’unité productrice dans laquelle matières premières, machines et hommes sont étroitement réunis, comme s’ils étaient soudés les uns aux autres, a en effet consisté à y introduire un nouvel instrument: le chronomètre, destiné à fournir un décomptage précis des temps de travail. Or, pour que ce décomptage soit fiable, il faut selon Taylor que le travail cesse d’être appréhendé en bloc, et ait été décomposé en un certain nombre d’opérations élémentaires dont chacune soit susceptible d’être examinée et mesurée pour elle-même avec exactitude. Selon Marx, la première révolution industrielle, celle qui au XVIII siècle a donné naissance en Angleterre à la manufacture, avait déjà donné la priorité au travail partiel sur le travail global tel qu’il est pratiqué par les gens de métier que sont les artisans ordinaires dont chacun parcourt l’ensemble du cycle de la production d’un objet d’usage.La seconde révolution industrielle, celle qui au XIX siècle a donné naissance à l’usine, n’a fait que perfectionner cette démarche dont le taylorisme a constitué l’accomplissement: il a fait de l’étude des temps opératoires, ciblée donc sur les opérations, le moyen privilégié d’une régulation destinée à écarter ou à limiter l’imprécision et le ralentissement de l’activité productrice dues à ce que Taylor appelle de «mauvaises méthodes de travail», que ces méthodes concernent le fonctionnement des machines ou le comportement des ouvriers qui, spontanément, répugnent à l’idée d’avoir à s’adapter au rythme de fonctionnement des machines, ce qui les conduit à s’opposer à la demande d’accroissement de la productivité.

En même temps qu’un nouvel instrument, le chronomètre, Taylor a introduit dans l’usine le corps professionnel spécialisé dans son utilisation: le chronométreur, naturellement redouté et haï des ouvriers qui ont tout de suite vu en lui un adversaire. Cette profession, indispensable au contrôle de la productivité, n’intervient pas elle-même dans le déroulement de l’activité productrice qu’elle se contente d’accompagner, d’observer, et même au point de vue des ouvriers d’espionner, de manière à préparer le contrôle de son déroulement. En cela réside le principe matriciel à partir duquel Taylor a élaboré son système: il a posé la nécessité de séparer complètement, dans l’unité de production, les fonctions d’encadrement, dévolues à un personnel spécialisé qui n’intervient pas directement dans le processus de la fabrication des produits, des fonctions d’exécution, qui, elles, ont matériellement en charge le déroulement effectif de ce processus. C’est sous cette forme très particulière que l’organisation scientifique du travail a mis en œuvre concrètement la division du travail manuel et du travail intellectuel: elle a instauré dans le plan d’ensemble de l’entreprise un poste spécial tenu à distance des ateliers, dévolu au «management». Ce mot qui, après Taylor, a connu une fortune considérable et s’est répandu dans le monde entier est devenu le paradigme de base d’une «technocratie» qui, ramenée à ses réquisits élémentaires, n’est au fond rien d’autre qu’une «bureaucratie»: le management est une bureaucratie d’entreprise. Concrètement, dans l’usine telle qu’elle est conçue par Taylor, les personnes qui s’occupent du management de l’entreprise sont parquées dans des bureaux à part; elles ne participent pas directement au travail de la production dont a été isolé par analyse, et concrètement enfermé à l’intérieur du plan des locaux, un aspect unique concernant le travail abstrait, celui auquel peut être rattachée la considération de la productivité.

À quoi s’occupe-t-on dans ces bureaux? A organiser le travail sous forme de tâches. Le mot «tâche» est dérivé du latin , qui signifie estimer, évaluer: selon le dictionnaire, il désigne un «travail déterminé qu’on a l’obligation de faire, qu’il soit imposé par soi-même ou par autrui». L’idée de détermination remplit ici une fonction essentielle: elle qualifie une activité dont le déroulement a été strictement délimité, fixé, proprement encadré. Procéder à cet encadrement est précisément le rôle imparti aux personnels de management dont la «tâche» consiste à aménager des «tâches» à l’exécution desquelles ils ne participent pas, de même que le cadre qui entoure un tableau n’en fait pas partie le plus souvent. C’est cette procédure tordue que Foucault a entrepris de théoriser à l’aide du concept de «gouvernementalité», qui désigne l’art de diriger le travail des autres sans y participer, ce en quoi consiste précisément le «management». Que faut-il entendre ici par «diriger»? Non pas simplement le fait de donner des ordres, une pratique qui existait certainement dès la préhistoire, mais celui de mettre en forme, proprement comme on dit dans la langue administrative d’aujourd’hui d’acter le contenu de ces ordres, en en précisant minutieusement à l’avance le détail par écrit. L’un des rôles du management d’entreprise est d’établir des protocoles de travail qui ont ensuite à être appliqués à la lettre, sans discussion, sans marge d’écart. Citons Taylor:

«Peut-être l’élément le plus important de la direction scientifique est-il l’idée de tâche. Le travail de chaque ouvrier est prévu dans son entier par la direction au moins un jour à l’avance et chaque ouvrier reçoit dans la plupart des cas, des instructions écrites complètes, décrivant dans le détail la tâche qu’il doit accomplir et lui indiquant les moyens qu’il doit employer pour exécuter son travail. Le travail préparé ainsi à l’avance constitue une tâche qui est accomplie par l’action conjuguée de l’ouvrier et de la direction. Les instructions spécifient non seulement ce qui doit être fait, mais aussi comment il faut le faire et le temps alloué pour le faire.»

Le management précise le contenu des tâches à accomplir en composant quelque chose qui ressemble à une partition musicale dans laquelle tous les détails seraient soigneusement notés, y compris ceux concernant le tempo de l’exécution, son rythme, sa «cadence»: la direction scientifique du travail fixe précisément aux ouvriers les «cadences» que doit suivre l’accomplissement de leur activité productrice dont le cours est ainsi régulé, et en fait accéléré dans la mesure où les causes éventuelles de ralentissement, en particulier celles liées à l’improvisation, ont été éliminées ou tout au moins réduites au minimum.

Pour que cette procédure fonctionne, il faut que les opérateurs jouent leur partition sans mot dire, ce qui leur épargne la peine de réfléchir à ce qu’ils font. Copley, le biographe officiel de Taylor, rapporte cette apostrophe de celui-ci à un ouvrier qui était venu lui présenter ses réflexions personnelles concernant l’organisation de son travail:

«On ne vous paie pas pour penser, il y en a d’autres ici qui sont payés pour cela.»

Les ouvriers sont payés pour effectuer les tâches qui leur ont été allouées une fois que le détail des opérations dont elles sont composées a été soigneusement dosé par des spécialistes de la chose, rien de plus: non seulement on ne leur demande pas de penser, mais on les prie instamment de s’en abstenir, et même on les en empêche. La séparation du travail manuel et du travail intellectuel, convertis en tâches d’exécution et tâches de conception destinées à être rétribuées à la valeur qui leur est reconnue, – et le taux de cette évaluation, bien sûr, n’est pas le même dans les deux cas – est alors poussée à son degré ultime de perfection.

Les analyses qui viennent d‘être proposées, en référence principalement à Marx et à Taylor qui sont des théoriciens de la seconde révolution industrielle dont ils révèlent les faces alternatives, sont elles encore valides aujourd’hui? Il est clair que, dans les faits, à l’époque de la troisième révolution industrielle et de la mondialisation qui en est le corrélat, le travail a changé de nature. A une phase, celle de la modernité, où le travail productif de biens matériels, modelé sur la forme de la production industrielle, était tendanciellement l’affaire exclusive de la classe ouvrière, a succédé ainsi une nouvelle phase où le travail, devenu en grande partie immatériel, est axé sur la création d’informations, de savoirs, d’idées, d’images, de figures relationnelles, de services, et même d’affects et de subjectivités. La représentation du travail, que Marx, en son temps, avait eu des raisons sérieuses de renfermer dans des bornes strictement définies, sur le modèle de la production industrielle, ce qui avait eu entre autres pour conséquence de l’amener à refuser aux employés le statut de travailleurs créateurs de valeur, se trouve du même coup élargie: il devient travail biopolitique, qui engendre de nouvelles formes de vie sociale où certains des clivages propres à la phase antérieure sont dilués. Les spéculations sur la fin du travail et la disparition de la classe ouvrière ont là leur source. Cette évolution, qui est en train de s’accomplir plus ou moins silencieusement ou bruyamment sous nos yeux n’a sans doute pas produit tous ses effets, et il serait aventuré d’en systématiser définitivement les manifestations, ou plutôt les tendances. Il est discutable, en particulier, de renvoyer dos à dos les deux figures exclusives, et en conséquence essentialisées, d’un travail matériel propre à la modernité et d’un travail immatériel propre à la postmodernité, comme si la seconde figure avait complètement évacué la première en prenant sa place. Que l’analyse du travail doive être actualisée, en prenant en compte les transformations en cours de ses modalités d’exécution, de ses objectifs et de ses résultats, est une évidence: mais cela signifie-t-il que cette analyse doive s’aligner sur les discours qui accompagnent ces transformations, discours incontestablement idéologiques, dont les arrière-plans devraient être sondés et discutés, et non simplement reproduits? Ne faudrait-il pas, à contre-courant de l’évolution en cours, ou plutôt à contre-courant de la manière dont celle-ci se donne à représenter, rematérialiser la conception que l’on a du travail? Ce travail qu’on dit immatériel du fait qu’il ne s’exécute plus nécessairement à heures fixes entre les murs de l’atelier n’est-il pas encore, quoique sous d’autres formes, du travail matériel et du travail exploité? Pour conclure cet exposé forcément lacunaire, on se contentera de soulever ces questions dont l’élucidation appellerait des analyses très complexes qu’on n’a pas les moyens de fournir ici.

Ping: De la production à la productivité par Pierre Macherey | histoireetsociete
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Cher Pierre, ne faut-il pas distinguer la gouvernementalité comme forme de discipline des corps et s’exerçant alors sur les sujets du travail productif (avec tous les effets de subjectivations décrits par Foucault) de la gouvernance, mode spécifique d’actions continues sur les corps concrets des producteurs afin de les rendre moins producteurs (soumis à leurs teloï spécifiques) pour des raisons de rendement et de productivité seconde d’une part, et, avec le bénéfice, d’autre part, d’invisibiliser la division du travail entre cadres et ouvriers et de rendre l’exploitation moins guerrière et agressive en faisant croire aux travailleurs qu’ils «participent» aux productions de la machine et en partageraient alors les bénéfices ? C’est en effet le cas du réseau social participatif, type Facebook, qui, sous couvert d’amitié et de partage participatif, exploite données et métadonnées, dans le cadre d’une économie immaterialisée des matières numériques et numérisées. Qu’en pensez-vous? Amitiés. Salim

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Vidéo - comprendre Arpent(résultats) en 1 min 30

Développé au titre de la simplification administrative, Arpent(résultats) est une nouvelle plate-forme web dédiée aux élèves de l'enseignement technique agricole. Déployée à l'automne 2017, elle permet aux candidat(e)s d'accéder au calendrier de publication des résultats des examens, mais aussi de consulter et télécharger leurs relevés de notes.

Tous les résultats aux examens de l'enseignement technique agricole (bac pro, bac techno, BEPA, BTSA, CAPa) sont désormais accessibles sur ordinateur, mobile et tablette via une seule et même plate-forme web multicanale: Arpent(résultats) . Elle remplace la plate-forme examAgri avec une nouveauté importante: la possibilité de consulter le détail des notes obtenues et de télécharger les relevés de notes pendant une durée de 2 ans après l'examen.

En résumé, Arpent(résultats) permet de:

L'accès aux résultats des candidat(e)s admis(es) et autorisé(e)s à passer les épreuves de rattrapage est entièrement libre; il suffit de renseigner les nom et prénom du candidat ou de la candidate. Une recherche par filière, par examen et par établissement est également proposée. La consultation des notes, sécurisée, est quant à elle réservée au candidat ou à la candidate.

Un service opérationnel dès à présent

Pour les 80000 candidats qui se présentent chaque année aux examens de l'enseignement agricole, la plate-forme prend tout son sens ce mois de juin 2018. Les candidats peuvent dès à présent s'y rendrent pour connaître le calendriers des délibérations.

La Direction générale de l'enseignement et de la recherche (DGER) du ministère de l'Agriculture et de l'Alimentation y mettra à disposition, dans un délai maximum de 48h après les délibérations et dans le respect des données personnelles des candidat(e)s, l'ensemble des résultats aux examens de l'enseignement technique agricole ainsi que les relevés de notes.

Quant aux diplômés de la session 2017, ils peuvent encore accéder à l'ensemble des services proposés, notamment le téléchargement de leurs relevés de notes.

consulter les résultats aux examens,

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